Délais de paiement : un enjeu essentiel pour l’activité économique en Île-de-France

Dans un environnement marqué par de fortes incertitudes géopolitiques et économiques, le respect des délais de paiement constitue un enjeu majeur pour le tissu économique francilien. En fragilisant la trésorerie des entreprises, les retards de paiement réduisent leurs capacités d’investissement et d’innovation, pèsent sur l’emploi et peuvent, lorsqu’ils se prolongent, compromettre leur pérennité, avec des effets en cascade dans les chaînes de valeur, notamment pour les TPE-PME. 

L’enjeu est particulièrement important en Île-de-France, territoire économique stratégique qui concentre près de 23 % des emplois et environ 31 % du PIB national. Au premier semestre 2025, le retard moyen de paiement atteignait 20 jours en Île-de-France, contre 14,1 jours au niveau national, et seul un tiers des entreprises franciliennes réglaient leurs fournisseurs à l’échéance. S’agissant du secteur public local, 21 % des mandats étaient encore payés au-delà du délai réglementaire en 2025, contre 15 % au niveau national. Sur ces bases, le Ceser Île-de-France a estimé entre 4,5 et 6,5 milliards d’Euros la trésorerie immobilisée au détriment des entreprises franciliennes du fait des retards de paiement. 

Dans cet écosystème, la Région Île-de-France occupe une position particulière, à la fois en tant que chef de file de la politique de développement économique et en tant qu’acheteur public majeur du territoire : par l’orientation de ses politiques comme par le volume de ses achats et ses pratiques de paiement, elle influence directement les conditions d’activité des entreprises franciliennes. Or, le délai global de paiement de la Région, bien qu’en constante amélioration depuis trois ans, atteignait encore 70,98 jours en 2025, le niveau le plus élevé des régions métropolitaines. Pour le Ceser, son amélioration ne relève pas de la seule conformité réglementaire : elle constitue un investissement dans la qualité de l’action publique, permettant de mobiliser plus efficacement les ressources régionales, d’améliorer l’exécution budgétaire et comptable et de renforcer la confiance des acteurs économiques dans la collectivité. 

Pour éclairer son analyse, le Ceser Île-de-France a croisé les données disponibles et les contributions institutionnelles avec la parole des acteurs de « première ligne » que sont les chefs d’entreprise, issus de tailles et de secteurs différents, ainsi qu’avec des acteurs de l’accompagnement et de la prévention des difficultés des entreprises.  

Cette confrontation des données et des expériences vécues permet de mieux comprendre les mécanismes et les conséquences concrètes des retards de paiement sur le quotidien, non seulement des entreprises, mais aussi des femmes et des hommes qui les font vivre. 

L’analyse du Ceser Île-de-France montre que les retards de paiement sont devenus un phénomène structurel, qui ne relève pas de la seule application de la réglementation. Ils tiennent aussi à des processus de traitement insuffisamment fluides ou maîtrisés et à des pratiques qui entretiennent des déséquilibres entre acteurs économiques.  

Pour répondre à ce défi, le Ceser Île-de-France formule 10 propositions visant à mieux protéger les entreprises les plus vulnérables aux tensions de trésorerie, rendre les pratiques de paiement plus transparentes et responsables et faire du paiement à l’échéance un marqueur de la qualité des relations entre donneurs d’ordre et fournisseurs. Elles visent également à inscrire durablement le respect des délais de paiement au cœur de la politique régionale de soutien au développement économique pour faire de la Région Île-de-France un acheteur public exemplaire.